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GRINDR: DES DONNÉES VIH SEMÉES AUX QUATRE VENTS

Une ONG norvégienne a découvert que l’app de drague gay transmettait les statuts sérologiques déclarés par ses utilisateurs à des sociétés tierces. On va décidément de (mauvaise) surprise en (mauvaise) surprise avec Grindr. Après la révélation de la vulnérabilité...


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LA DEUXIÈME MORT DE «TÊTU»

Deux ans et demi après sa résurrection, le magazine gay français dépose une nouvelle fois son bilan. La relance du magazine français «Têtu» aura été éphémère. Son éditeur Idyls Media, a été placé en liquidation, a annoncé jeudi le...


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« Avec les femmes et les mineurs isolés, les personnes LGBT sont les migrants les plus en souffrance »

74 pays pénalisent toujours l’homosexualité et l’identité transgenre, parfois passibles de la peine de mort. Les femmes persécutées pour leur orientation sexuelle subissent plus souvent des viols ou des thérapies « de conversion » forcées, tandis que les hommes sont...


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Une ONG norvégienne a découvert que l’app de drague gay transmettait les statuts sérologiques déclarés par ses utilisateurs à des sociétés tierces.
 
 
On va décidément de (mauvaise) surprise en (mauvaise) surprise avec Grindr. Après la révélation de la vulnérabilité des données stockées sur la plateforme, une émission de la télévision suédoise SVT rapporte que l’app de drague gay partage des informations sur le statut sérologique de ses 3 millions d’utilisateurs quotidiens avec au moins deux compagnies tierces actives dans l’analyse de marchés, Apptimize et Localytics, selon les chercheurs de l’organisation Sintef.
 
Une démarche que cette ONG norvégienne juge incompréhensible: «Il est inutile pour Grindr de suivre le statut VIH de ses utilisateurs en utilisant des services extérieurs, surtout quand ceux-ci ne sont pas certifiés pour stocker des données médicales, et quand cela se fait à l’insu des abonnés.» Elle rappelle que ces prestataires sont eux-mêmes vulnérables à des détournements de données, par exemple par des gouvernements poursuivant une politique de criminalisation des personnes séropositives. En outre, des lacunes dans la protection des informations contenues dans les comptes (photos, coordonnées GPS par exemple) peut permettre facilement d’identifier les utilisateurs de Grindr.
 
 
Pour «s’améliorer»
Grindr a réagi hier en annonçant la fin du partage des données VIH, tout en se plaignant d’être «pris pour cible» et en protestant de sa bonne foi. «Comme d’autres apps, nous cherchons à nous améliorer continuellement, avec toujours à l’esprit l’exigence de protection de la vie privée de nos utilisateurs», a déclaré le chef de la technologie de Grindr, Scott Chen. Le mois dernier, l’application avait lancé une fonction visant à rappeler aux internautes d’effectuer des contrôles réguliers de leur statut sérologique.
 
Deux ans et demi après sa résurrection, le magazine gay français dépose une nouvelle fois son bilan.
 
 
La relance du magazine français «Têtu» aura été éphémère. Son éditeur Idyls Media, a été placé en liquidation, a annoncé jeudi le site d’information de l’application Hornet. Trois employés ont été licenciés.
 
Titre emblématique de la presse gay dans les années 1990 et 2000, «Têtu» avait été cédé par son fondateur Pierre Bergé à l’homme d’affaires Jean-Jacques Augier en 2013, mais il avait fait faillite deux ans plus tard. La marque avait été rachetée peu après par Idyls, qui avait réactivé le site Tetu.com et sorti trois numéros en kiosque.
 
«Le magazine fonctionnait bien par rapport au modèle économique, mais il y avait une difficulté à prévoir l’avenir», a confié un des anciens employés, qui espère toutefois qu’un nouveau repreneur se présentera.
 
74 pays pénalisent toujours l’homosexualité et l’identité transgenre, parfois passibles de la peine de mort. Les femmes persécutées pour leur orientation sexuelle subissent plus souvent des viols ou des thérapies « de conversion » forcées, tandis que les hommes sont soumis à la torture et aux passages à tabac. Parmi les migrants arrivant chaque année en France, plusieurs centaines fuient ces persécutions. Mais sont confrontés ici à des stéréotypes de la part de l’administration et à l’isolement. Plusieurs associations se mobilisent pour les aider.
 
 
La réalisatrice Carole Grand a filmé le travail de l’Association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et transsexuelles à l’immigration et au séjour (Ardhis) dans le bureau de la mairie du 10ème arrondissement de Paris, durant l’été 2014, après deux ans d’immersion. Son travail, qui privilégie les plans séquences, s’efforce de donner corps aux demandeurs et demandeuses d’asile lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT) quand bien même certains, en particulier les hommes, préfèrent demeurer anonymes. « Pour les femmes, explique-t-elle, le départ correspond plus souvent à une véritable affirmation de leur identité. Elles ne veulent plus se cacher. De plus, la plupart des hommes vivent en communauté, et leur entourage ne sait pas qu’ils sont homosexuels. »
 
Carole Grand parle avec admiration du travail des bénévoles de l’Ardhis, comme Ewa, qu’elle a suivie dans le cadre de son documentaire : « À cette époque, elle était présente quatre soirs par semaine, et entendait deux ou trois personnes différentes chaque jour. Elle s’investissait aussi les week-end. Comment fait-on pour rester attentive quand on entend tellement d’histoires au quotidien ? »
 
L’Ardhis, association pionnière dans les défense des migrants LGBT
 
Créée en 1998, l’Ardhis a joué un rôle pionnier dans le combat pour les droits des personnes LGBT, à la croisée de la lutte pour la reconnaissance des couples homosexuels, et de celle pour la régularisation des sans-papiers. L’année suivante, l’adoption du Pacte civil de solidarité (Pacs) – considéré comme un simple élément d’appréciation pour l’obtention d’un titre de séjour – mobilise les efforts de l’association en direction des « couples mixtes ». La mobilisation paie. Une circulaire ministérielle de 2004 réduit de trois ans à un an les conditions d’accès au séjour pour des partenaires pacsés.
 
L’Ardhis s’est également investie sur un autre front, celui du droit d’asile, en menant des actions auprès de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), l’organisme qui accorde ou non le bénéfice de l’asile. Mais aussi de la juridiction de recours, la Cour nationale du droit d’asile (CNDA). Deux instances qui, jusqu’en 1998, n’avaient jamais accordé de protection en raison de l’orientation sexuelle. Un pôle asile est ainsi créé au sein de l’association en 2010. Une mission qui absorbe aujourd’hui la majorité des bénévoles - la structure ne disposant d’aucun permanent.
 
La difficile reconnaissance de l’identité sexuelle par les institutions
 
Depuis peu, l’Ardhis est même habilitée à accompagner les demandeurs et demandeuses d’asile lors de leur rendez-vous auprès de l’Ofpra. « L’État se repose beaucoup sur eux », souligne Carole Grand. Il faut dire que l’écart est parfois important entre les principes généreusement affichés par les pouvoirs publics, et les décisions réelles des administrations. Face à la multiplication des obstacles administratifs ou judiciaires, le recours à des militants expérimentés, bon connaisseurs des institutions et des procédures, s’avère souvent nécessaire.
 
La reconnaissance de la spécificité des demandes d’asile liées à l’orientation sexuelle progresse lentement. Un arrêt de novembre 2013 de la Cour de justice de l’Union européenne fait un premier pas dans cette direction. Il conclut cependant que l’existence d’une législation pénalisant l’homosexualité n’est pas suffisante pour établir le risque de persécution. Il revient à ceux qui réclament la protection d’apporter la preuve de leurs allégations. Les règlements sont formels : il ne saurait être question de demander des détails sur la vie sexuelle. Démontrer la réalité des orientations sexuelles est un passage difficile, dépendant de la conviction forgée par les juges ou, en première instance, par les officiers de l’Ofpra.
 
Le recours aux stéréotypes reste encore monnaie courante. La fréquentation de lieux ou de quartiers connus pour accueillir les communautés gays, lesbiennes ou transgenres, qui peut être utilisée pour confirmer ou infirmer l’orientation sexuelle d’une personne, n’a rien d’une évidence pour qui vient d’un pays où la sexualité LGBT est réprimée, donc par définition peu visible dans l’espace social. De même, le fait d’avoir été marié, dans un contexte hostile à l’homosexualité ou à la bisexualité, n’indique pas grand chose sur l’identité sexuelle revendiquée par un demandeur d’asile.
 
« Thérapies de conversion » et viols pour les femmes, torture pour les hommes
 
En mai 2017, le Bureau d’accueil et d’accompagnement des migrants (Baam), lui aussi actif à Paris, a ouvert à son tour un pôle LGBT pour faire face aux demandes d’aide juridiques de plus en plus nombreuses. Dans le même temps, à l’Ardhis, explique son président Frédéric Chaumont, « le nombre de personnes suivies a explosé en 2017. On s’est retrouvé avec 600 ou 700 nouveaux dossiers, en plus des 1000 ouverts l’année précédente. » L’Ardhis reçoit une écrasante majorité d’hommes – environ 85% des dossiers.
 
Au Baam en revanche, ce sont principalement des femmes et des personnes transgenres qui se sont présentées ces six derniers mois. Pour Héloïse Mary, présidente de l’association, il était urgent de créer un espace protégé pour celles et ceux qui venaient chercher de l’aide auprès de leur association : « Avec les femmes et les mineurs isolés, ce sont les personnes les plus en souffrance. » Julian, qui coordonne l’équipe de bénévoles, remarque des différences entre les violences subies : les femmes seraient plus souvent soumises aux « thérapies de conversion » – pratiques homophobes qui visent à « guérir » l’homosexualité – et aux viols ; les hommes à la torture et aux passages à tabac.
 
Confrontés à « une vision très occidentale de l’homosexualité »
 
Au Baam, des critiques semblables à celles émises par l’Ardhis apparaissent quant au travail des officiers de l’Ofpra : « Ils font souvent appel à des clichés. Et ont une vision très occidentale de l’homosexualité. Par exemple, beaucoup de demandeurs d’asile ne connaissent pas l’existence du drapeau arc-en-ciel. On ne peut donc se servir de ce genre d’arguments pour déterminer si une personne est réellement homosexuelle. »
 
En outre, l’appréciation des pratiques varie selon les cultures. « Dans le monde arabe, explique Héloïse, il est fréquent qu’un homme jouant le rôle du "partenaire actif" ne se considère pas lui-même comme homosexuel. Par ailleurs, l’environnement social est tout aussi important dans certains pays que la législation. Si l’on est pauvre, l’homosexualité au Maroc ou à Dubaï pose davantage problème que si l’on est riche. »
 
Le facteur religieux est également important. Au Togo, par exemple, deux communautés rivales, évangéliste et musulmane, manifestent une égale intolérance. Au Sénégal, la montée du wahhabisme, quand l’Islam jusqu’ici s’y montrait relativement tolérant, a changé la donne. Héloïse et Julian insistent aussi sur la grande diversité géographique des dossiers qu’ils ont à gérer. « On a beaucoup parlé des Tchétchènes, relève Héloïse, mais la situation au Cameroun est très dure et peu médiatisée. »
 
En Allemagne, des centres dédiés aux migrants LGBT
 
Au-delà de l’aide juridique, qui constitue l’activité principale du Baam, l’association s’intéresse à la situation dans les centres d’accueil. « Les violences psychologiques peuvent y être très dures », souligne Julian. Pour Frédéric Chaumont, de l’Ardhis, « c’est une sorte de double peine. Du fait notamment de la promiscuité, les pressions et la censure peuvent être encore pire que dans les pays de départ. »
 
Romain Blanchard, membre de l’association, précise que la directive de l’Union européenne du 26 juin 2013 – relative à l’accueil des migrants – oblige en théorie les autorités à prendre toutes les mesures pour prévenir les violences dans les centres d’accueil. Par exemple en proposant – « mais sans imposer », précise le militant – des chambres individuelles aux migrants LGBT qui en font la demande. D’autres pays sont allés plus loin, comme l’Allemagne, où il existe deux centres dédiés, l’un à Nuremberg, l’autre à Berlin. L’Ardhis développe, en l’absence d’antennes en région ou d’associations relais, un rôle de conseil auprès des professionnels ou des militants confrontés à des situations qu’ils ne savent pas toujours aborder.
 
Invisibilité des migrants au sein de la communauté LGBT
 
Au Baam comme à l’Ardhis, on déplore l’invisibilité des migrants au sein du reste de la communauté LGBT. À Paris, l’Ardhis – qui accompagne aussi les personnes transgenres – peut néanmoins les orienter vers Acceptess-T pour l’accompagnement psychologique et social. Des liens existent aussi entre cette dernière association et le Baam. En outre, les femmes peuvent s’adresser au collectif « Les lesbiennes dépassent les frontières », créé en 2011.
 
Du côté d’Act-Up, le droit des étrangers à la santé et à la protection sociale a été assez central depuis 1993. « Il n’y a pas d’un côté les gays, de l’autre les étrangers, explique Clovis, qui coordonne la commission Migrants d’Act-Up Paris. Dans la réalité c’est beaucoup plus compliqué. » L’association milite par exemple pour l’obtention de titres de séjour pour soins.
 
En 2013, une étude montrait que près d’un cas sur trois de personnes contaminées par le VIH était migrant ou migrante d’origine subsaharienne. Dont une partie avait probablement contracté la maladie en Europe, par manque de précaution ou d’information, comme du fait de pratiques à risque imposées – comme la prostitution ou le viol. « Comment suivre une trithérapie, si l’on n’a pas de papiers ? », questionne Clovis, soulignant au passage que les permanences d’accès au soin n’ont pas de budget traducteur.
 
74 États pénalisent toujours l’homosexualité et l’identité transgenre
 
Ces structures dédiées, parfois au sein d’associations moins spécialisées, sont nées de la rencontre de militants LGBT avec des militants qui accompagnent les migrants. Mais face à une demande qui a largement augmenté, les forces sont désormais insuffisantes. L’Ardhis reçoit une aide de la Mairie de Paris, mais ne peut plus compter sur le soutien des réserves parlementaires. Toutes ont en commun de pouvoir s’appuyer sur des bénévoles touchés par la dimension « intersectionnelle » de cette oppression. « La convergence des luttes, sourit Héloïse Mary, ça ne se décrète pas. Ça se réalise de manière très concrète, jour après jour. »
 
A travers le monde, 74 États pénalisent toujours l’homosexualité et l’identité transgenre. Dans treize d’entre-eux, ces pratiques sont passibles de la peine de mort. Dans d’autres pays, où la législation est parfois plus favorable, la société civile ne s’en montre pas moins menaçante : pour l’année 2014, Amnesty a ainsi dénombré pas moins de 326 meurtres anti-LGBT au Brésil, un nombre en très nette augmentation, alors même que le mariage homosexuel y est autorisé. En France comme ailleurs, la tâche des militants pour les droits des migrants LGBT reste immense.
 

Le Etats de l'UE qui ne reconnaissent pas les couples homosexuels ne doivent pas les empêcher de vivre ensemble: c'est ce qu'il ressort d'un avis rendu cette semaine par la Cour de justice de l'Union.

Les pays de l’Union européenne qui ne reconnaissent pas les couples de même sexe, qu’ils soient mariés ou partenariés, devraient néanmoins leur accorder certains droits. Saisie à la suite de la plainte d’un citoyen roumain, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) devrait demander à Bucarest de faire en sorte qu’un époux extra-européen puisse obtenir un droit de résidence en Roumanie.

Ancien fonctionnaire européen, Adrian Coman avait épousé son compagnon américain Claibourn Hamilton en Belgique en 2010, avant de décider de retourner dans son pays avec son mari. Mais le permis de résidence du citoyen des Etats-Unis avait été refusée. Coman avait fait appel, soulignant que ce refus constituait une discrimination basée sur l’orientation sexuelle. L’affaire est allée jusqu’à la Cour constitutionnelle de Bucarest, qui a fini par solliciter l’avis de la CJUE.

Libre circulation
Dans sa recommandation, qui est généralement suivie, l’avocat général de la Cour luxembourgeoise Melchior Wathelet s’appuie sur le principe de la libre circulation dans l’UE: «Bien que les États membres soient libres d’autoriser ou non le mariage entre personnes de même sexe, ils ne peuvent pas entraver la liberté de séjour d’un citoyen de l’Union en refusant d’accorder à son conjoint de même sexe, ressortissant d’un pays non UE, un droit de séjour permanent sur leur territoire.» Après que le CJUE aura rendu son verdict, celui-ci devra être appliqué par la justice roumaine.

La Roumanie fait partie des derniers pays de l’Union qui n’offre aucune reconnaissance aux couples de même sexe. C’est aussi le cas de la Bulgarie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne et la Slovaquie.

 

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La vidéo virale du lynchage d'une ado trans dans le nord-est du Brésil relance le débat sur l'invisibilité des crimes de haine dans ce pays, où un·e LGBT décède de mort violente toutes les 25 heures.

La vidéo est insoutenable: une jeune personne en t-shirt rouge et bermuda blanc hurle, terrorisée. Elle est poursuivie par au moins cinq garçons. Elle s’écroule, sous des jets de pierres et des coups de bâtons et de hache. Elle est encore frappée à terre avec une brutalité inouïe. Les ados s’acharnent encore sur son corps inanimé, qui gît au milieu des détritus.

Après avoir été censurée sur les réseaux sociaux, cette séquence de 47 secondes est devenue virale sur les messageries, sous le titre «Assassinat d’un gay au Brésil». De fait, on entend un des assaillants traiter la victime de «viadinho», une insulte homophobe. D’après des sources syndicales citées par Esquerda Diario, celle-ci était une travesti en cours de transition.

«Règlement de comptes»
La police a finalement communiqué cette semaine sur ce crime. Le nom de la victime était Wesley Tiago de Sousa Carvalho, 17 ans. Le lynchage a été perpétré le 30 décembre 2017 dans le quartier touristique de Praia do Futuro, à Fortaleza (nord-est). Toutefois, les enquêteurs ont écarté la thèse du crime de haine, ajoutant n’avoir aucune information sur l’orientation sexuelle et sur l’identité de genre de Wesley. Il s’agirait d’un «règlement de comptes entre gangs».

Cette conclusion rapide laisse la communauté LGBT locale sceptique. «Face à une réalité où ces assassinats se suivent, on se retrouve dans la plupart des cas sans la moindre enquête. Et si enquête il y a, elle vise à nier l’existence de LGBT-phobie», écrit le site anticapitaliste Esquerda Diario. Les crimes visant les gays, lesbiennes, bi et trans seraient ainsi classés de manière routinière comme suicides, crimes passionnels ou alors mis sur le compte de la guerre des gangs.

Vulnérabilité
A Fortaleza, le drame du 30 décembre rappelle le massacre d’une femme trans de 42 ans, Dandara, également filmé, qui avait horrifié l’opinion au début de l’année 2017. Sur 115 travestis assassinées cette année-là jusqu’en septembre, seul ce cas avait été traité par la justice. Dix de ses assaillants présumés ont été inculpés. Un projet de loi qui porte le nom de Dandara a été soumis au Congrès, il prévoit de considérer la haine LGBT-phobe comme circonstance aggravante.

Le Brésil détient le triste record des meurtres de personnes LGBT: 331 en 2016, soit un toutes les 25 heures. Socialement très exposées, les transsexuelles et travestis sont surreprésentées dans ces statistiques. Leur espérance de vie est d’à peine 35 ans, selon des chiffres présentés à l’ONU. Pour la militante Virgínia Guitzel, «l’Etat est complice de la violence, parce qu’il ne prend pas la défense des LGBT, nie leur existence, exclut et marginalise».

 

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Un rapport de HRW lève le voile sur la situation des homosexuelles ghanéennes, dont les persécutions échappent trop souvent au radar des défenseurs des droits humains, dans le cadre familial.

Dénonciations arbitraires, raids policiers lors de soi-disant «mariages gay» ou passages à tabac: les hommes homosexuels sont les plus souvent cités en matière de violence et de persécutions, singulièrement en Afrique, où persistent des lois anti-sodomie et une «panique morale» autour de l’homosexualité masculine. Pendant ce temps, les femmes lesbiennes, sont l’existence est le plus souvent ignorée par les Etats, subissent une violence qui passe quant à elle largement inaperçue. Et pour cause: cette violence s’exerce le plus souvent dans le cadre privé de la famille ou du clan.

Human Rights Watch (HRW) a publié un rapport préoccupant sur ce sujet au Ghana, dont «The Guardian» se fait l’écho. La chercheuse Wendy Isaack a notamment recueilli le témoignage d’un couple, Dorothy et Emily, qui dit avoir été attaqué par un groupe après que la mère d’Emily a révélé leur orientation sexuelle, dans un village du sud du pays. «Vingt à 25 personne ont fait irruption dans la chambre, raconte Dorothy. Ma compagne était nue, sa mère lui a dit de s’habiller. Un des hommes a pris un couteau, qu’il voulait le planter dans le vagin. On s’est débattues et il a brûlé mon ventre avec un morceau d’acier brûlant. Ils ont frappé ma compagne au visage. Il y avait une grande plaie et elle saignait. Le groupe voulait nous tuer toutes les deux.» Le couple a pu fuir sa maison, et a trouvé refuge chez un voisin, qui s’est mis à exercer un chantage, exigeant des rapports sexuels et de l’argent. Aujourd’hui, elles doivent avoir recours à la prostitution pour survivre.

Exclues de l’école
Le récit n’est pas exceptionnel. Ostracisées par leur famille pour cause d’orientation sexuelle, les lesbiennes ghanéennes sont confrontées au chômage, sans aucun soutien de leur famille. Pour les plus jeunes, l’accusation d’homosexualité a pour conséquence que leur famille cesse de payer leur éducation. Elles se retrouvent à la rue sans formation. Dans d’autres cas, c’est le mariage forcé: le rapport de HRW raconte le cas de Hasina, 25 ans, forcée d’épouser un homme deux fois plus âgé qu’elle.

Malgré des lois punissant les violences domestiques et une Constitution ghanéenne censée protéger les minorités des discriminations, les femmes lesbiennes portent rarement plainte, ne serait-ce qu’en raison du Chapitre 6 du Code criminel, qui punit les «unions contre-nature» (passibles de 3 ans d’emprisonnement). Ce texte, bien que peu utilisé dans les tribunaux, justifie encore les violences contre les LGBT ghanéens. Mais «parmi les hommes gay que j’ai interviewés, souligne Wendy Isaack, aucun n’a fait état de violence de membres de la famille».

 

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L'acteur vedette de «Nurse Jackie», 41 ans, s'est dévoilé dans une vidéo au ton provocateur sur les réseaux sociaux.

Fallait oser. L’acteur Haaz Sleiman, une des stars de la série comique «Nurse Jackie», a effectué un coming-out plutôt punchy sur les réseaux sociaux. Dans une vidéo postée dans le cadre d’un programme national américain contre les violences homo- et transphobes, il s’est dit fier d’être «gay, arabe, musulman et américain». Le comédien de 41 ans ne s’est pas arrêté là: «Non seulement je suis gay, mais je suis aussi passif (…) passif à 100%, ça veut dire que j’aime la prendre tu sais où»…

 

Sleiman, qui est né et a grandi au Liban, en a profité pour mettre en garde les homophobes: il vaut mieux ne pas lui chercher des noises. «J’ai beau être gay et être un type gentil, mais n’exagère pas sinon je te fous en l’air!» Peu avant son coming out, il s’était d’ailleurs vanté d’avoir arpenté les rues de Beyrouth avec un t-shirt «Personne ne sait que je suis gay».
 
VIE PRIVÉE
 
Sleiman n’a pas toujours été aussi direct sur son orientation sexuelle, rappelle le Huffington Post. En 2009, aux débuts de son rôle de Mo-mo De La Cruz, un infirmier gay, dans «Nurse Jackie», il avait nié être homosexuel dans une interview à «The Advocate». Vendredi, il a expliqué avoir alors été pris de court par le journaliste du magazine LGBT, qu’il avait prié de ne pas lui poser de questions sur sa vie privée. Le journaliste incriminé a réagi, précisant n’avoir eu aucune connaissance d’une telle demande de la part de Sleiman.
 
 
L’acceptation express du mariage outre-Rhin a laissé ses logiciels administratifs sur le carreau. La deutsche qualität ne pourra pas enregistrer correctement ces unions avant une bonne année…
 
 
Alors que l’Allemagne démarrait l’été sous les meilleurs auspices en devenant le 23e pays du monde à légaliser le mariage pour tous, un problème technique vient obscurcir sa rentrée.
 
Lundi 28 août, le ministère fédéral de l’Intérieur allemand a indiqué que l’administration allemande ne pourrait pas indiquer d’autres dénominations que ceux de « mari / femme » dans les registres d’état civil. Les développeurs de logiciel disposant généralement d’un délais de neuf mois pour appliquer ces changements, la légalisation éclair du mariage pour tous a en effet bouleversé leur agenda.
 
Le 26 juin 2017, Angela Merkel a levé son interdiction de principe permettant aux parlementaires de son parti de voter « selon leur conscience. » Quatre jour plus tard, l’ouverture des droits maritaux et de l’adoption aux couples de même sexe était adoptée par le Bundestag après seulement 38 minutes de débats.
 
Les couples homos devront s’inscrire comme « mari » et « femme »
D’après le Berliner Morgenpost, la mise à jour du logiciel permettant d’enregistrer des partenaires de même sexe dans les registres de mariage ne sera effective que le 1er novembre (date annuelle des mises à jour) de l’année suivante, soit en fin d’année 2018. Or, la loi sur le mariage pour tous entrera en vigueur le 1er octobre 2017 et les premières dates d’enregistrement à l’état civil ont déjà été réservées par des couples gays et lesbiens. D’ici là, les autorités ne proposent pas mille solutions : les bureaucrates devront entrer un genre incorrect pour l’un·e des épou·x·ses… Une hétéroïsation numérique à laquelle devront aussi se plier les couples homos désirant convertir leur partenariat civil en mariage.
 
« C’est embarrassant qu’au XXIe siècle, un si petit ajustement crée tant de problème, regrette la LSVD, Mais il y a des choses plus fondamentales », a calmement réagit la plus grande association LGBT du pays.
 
 
Lorsque surviennent séismes et tempêtes, certains bonimenteurs s’improvisent lecteurs de théophanies (du grec theo et phan, soit les apparitions divines) et trouvent chez les gays les boucs émissaires idéals…
 
 
Dans la nuit du 25 au 26 août, des pluies torrentielles ont soufflé le sud du Texas. L’ouragan Harvey, depuis rétrogradé en tempête tropicale et se dirigeant sur la Louisiane, est le plus puissant à frapper les États-Unis depuis 2005. Les autorités dénombrent plus d’une trentaine de décès causés directement ou indirectement par la catastrophe naturelle et les experts redoutent que la décrue ne révèle encore plus de morts. Avant ce lourd bilan, Ann Coulter, polémiste d’extrême droite gourmande en controverse, livrait une interprétation toute singulière de la catastrophe contre l’avis de Politico Magazine selon qui « Harvey nous donne à voir ce qu’est le changement climatique » :
 
Je ne crois pas que l’ouragan Harvey soit une punition divine contre l’élection d’une maire lesbienne à Houston. Mais c’est tout de même plus crédible que le « changement climatique."
 
L’exploit est à saluer : la commentatrice politique parvient à se fondre dans le négationnisme climatique, l’homophobie, et l’intégrisme religieux en moins de 140 caractères. Et draine avec elle une dizaine de milliers d’acquiescement virtuels.
 
La référence n’est pourtant pas d’actualité, mais puisque le Texas n’est pas célèbre pour ses couleurs arc-en-ciel – sa Cour suprême tentait d’ailleurs au début de l’été d’amocher les droits maritaux des couples homos – il fallait bien trouver prétexte. Annise Parker, mère de trois enfants avec sa femme Katy Hubbard, a dirigé Houston, la quatrième plus grande ville des États-Unis également capitale de l’industrie pétrolière américaine, jusqu’en 2016.
En 2015, lorsque le Texas était frappé par de terribles inondations enlevant la vie d’une vingtaine de personnes et en déplaçant des milliers d’autres hors de chez elles, Bryan Fischer, membre de l’American Family Association – dont le nom cache un important groupe de haine étasunien – incriminait à nouveau la catastrophe à cette « maire sodomite » qui pratiquerait « l’occulte et la sorcellerie » (sic.). Preuve que la climatosceptique Ann Coulter n’a finalement rien contre le recyclage.
 
Une habitude coriace
Avant eux, « Buster Wilson a insisté sur le fait que Dieu a envoyé l’ouragan Isaac pour stopper un festival LGBT annuel; le révérend Franklin Graham incriminait l’ouragan Katrina aux ‘orgies’ de la Nouvelle Orléans; et le prêtre catholique Gerhard Wagner parlait d’une ‘punition divine’ contre la tolérance de la ville envers le homosexuels » énumère The Salt Lake Tribune. À la rédaction du journal, on est étonné de voir si peu de commentateurs rejoindre l’analyse d’Ann Coulter, à l’exception de l’infatigable Westboro Baptist Church, et on évoque une hypothèse : les fervents croyants ne peuvent imaginer qu’un État comme le Texas, où la religion est si solidement implantée et qui s’est tant battu contre les droits LGBT, puisse avoir attiré les foudres divines. Malheureusement, la performance est courante et n’a pas le monopole américain.
 
Suite au séisme qui frappa l’Ombrie italienne en novembre 2016, un voisin transalpin flirtait déjà avec le vocabulaire apocalyptique. Giovanni Cavalcoli, prêtre et théologien, analysait les secousses comme une « punition divine » contre l’adoption de la loi sur l’union civile qui apportait, quelques mois auparavant, la première reconnaissance légale aux couples homos de la péninsule. Le Vatican s’était immédiatement désolidarisé de son ministre, flinguant sa vision « païenne » et « non-chrétienne » du dieu unique.
Unions de même sexe à nouveau frappées par le Déluge dans la bouche Tony Perkins. Pasteur et président du groupe chrétien et pro-vie (donc anti-avortement) Family Research Council, ce père de famille a régulièrement imputé les ouragans ciblant les États-Unis à l’ouverture du mariage pour tous à l’échelle fédérale lors de l’affaire Obergefell v. Hodges. Manque de bol, une inondation en Louisiane a dévasté sa maison l’été dernier, bringuebalant Perkins, femme et enfants dans un mobil-home. Il avait cette fois-ci changé d’interprétation : ce n’était plus une punition de ses mœurs, mais un « exercice spirituel » vers la foi.
 
L’angoisse du non-sens
S’exprimant hier dans la Matinale d’Europe 1, le philosophe Raphaël Enthoven y trouve une analogie fort anachronique mais pas peu intéressante avec le chapitre 6 de Candide où « Voltaire raconte qu’après le tremblement de terre de Lisbonne en 1755, qui avait détruit les trois quart de la ville, les sages de l’Université de Coimbra – les Tony Perkins de l’époque – affirmèrent que ces événements étaient la conséquence de notre impiété et décidèrent d’organiser en conséquence un bel autodafé. Car c’est bien connu, le spectacle de quelques personnes brûlées à petit feu en grande cérémonie, dit Voltaire, est un secret infaillible pour empêcher la terre de trembler. […] Or le même jour, la terre trembla de nouveau avec un fracas épouvantable. »
La lecture des catastrophes naturelles à travers une « colère de dieu » relève d’une tradition très ancienne que Marie-Hélène Congourdeau dans la Revue des études byzantines relie au moins jusqu’à L’Iliade (lorsque les Troyens menés par Hector affronte « l’Ébranleur de la terre », Poséidon). Cette tendance à attribuer aux homosexuels les périls d’une société – comme ce fut le cas par certaines interprétations de la destruction de Sodome, épisode présent dans les livres sacrés des trois religions monothéistes – a même repris du service à l’époque contemporaine. Selon The Salt Lake Tribune, ces accusations répétitives contre les LGBT aux États-Unis évoquées plus haut, qui s’époumonent sitôt dépassés les cercles conservateurs, tireraient ainsi leurs racines dans l’idée d’un Dieu vengeur apportée par les Puritains du XVIIIe siècle.
 
Lorsqu’en France l’épidémie du sida a surpris les années 80, plusieurs groupes religieux radicaux, à l’instar des Témoins de Jéhovah, y virent à nouveau l’expression d’un châtiment divin. Un dérapage dans lequel glissa également l’icône gay américaine Donna Summer, et dont elle excusera formellement par la suite dans une lettre à Act Up. Trente années plus tard, le virus Ebola fût analysé avec les mêmes lunettes antédiluviennes. Le Conseil des Églises du Libéria affirme à l’été 2014 que l’épidémie est une « punition divine face aux comportements immoraux, comme l’homosexualité, qui pénètrent le pays. »
 
Mais Enthoven prête un autre point de fuite à ces discours eschatologiques : « Pour surmonter l’épreuve, les hommes se doivent d’interpréter la catastrophe comme un message qui leur serait destiné. » Derrière l’interprétation du signe, c’est donc surtout la névrose de l’individu qui hurle à nos oreilles.
 

 

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Confronté à une avalanche de dénonciations pour son canular du faux profil gay, l'animateur trash contre-attaque: il se plaint d'un «faux procès» et s'en prend au CSA.
 
 
Cyril Hanouna, une victime? Dans le «Journal du dimanche», l’animateur de la chaîne française C8 a estimé qu’il était pris pour cible par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) après une séquence diffusée jeudi 18 mai dans la quotidienne «Touche pas à mon poste». Il avait mis en ligne un faux profil de bisexuel («super-bien monté», «J’aime quand on m’insulte») sur un site de drague gay, s’amusant à réagir en direct aux réponses, et à tendre un piège à deux internautes, dont il avait pris les appels à l’antenne.
 
«RAMEUTER DES PROTESTATAIRES»
 
Selon Hanouna, c’est le CSA lui-même qui a «rameuté des protestataires» avec des tweets postés vendredi, au lendemain de l’émission. Le CSA y notait que «de nombreux téléspectateurs» l’avaient interpellé et y mentionnait le lien du formulaire de signalement. Ce week-end, 17’800 plaintes avaient été enregistrées.
 
De fait, le canular a soulevé un large tollé en France: Hanouna avait pris une voix efféminée pour s’adresser à ses correspondants, et cherchait à les ridiculiser en les entraînant dans des discussions scabreuses tandis que ses chroniqueurs s’esclaffaient. Outre l’avalanche de clichés qu’elle véhiculait, la séquence rappelait la méthode employée ces dernières années par des «casseurs de pédés» ou des néonazis pour trouver leurs cibles.
 
LES LARMES AUX YEUX
 
Plus nauséabond encore: dans l’émission du lendemain, Hanouna, les larmes aux yeux, s’est défendu du «faux procès» qui lui serait intenté: l’homophobie, «c’est tout ce que je combats depuis des années», avait-il déclaré devant ses chroniqueurs attendris, qui ont volé au secours de leur vedette… et gagne-pain.
 
La démarche de Hanouna est soutenue par le groupe Canal+, maison mère de C8, qui estime que le CSA «ne doit pas appeler à témoigner» contre sa vedette. Mais le Conseil a nié tout traitement spécial de «Touche pas à mon poste»: «Nous procédons toujours de la même manière lorsque nous sommes largement interpellés».
 
SOUFFRE-DOULEUR
 
«Touche pas à mon poste» est déjà dans le viseur du CSA pour des contenus dégradants. Le chroniqueur Matthieu Delormeau a notamment plusieurs fois servi de souffre-douleur à ses camarades de plateau, notamment lors d’un outing forcé et de canulars cruels aux sous-entendus homophobes. Aucune mesure n’a été prise jusqu’à présent. Pendant ce temps, l’émission continue de drainer une audience allant de 500’000 à 2 million de téléspectateurs.
 

Au septième jour du festival, une première tendance se dessine côté compétition. La presse hexagonale et anglo-saxonne donne pour l'instant la Palme d’or à Robin Campillo.

Nous sommes au début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up-Paris (créée en 1989, deux ans après sa sœur américaine) multiplient les actions choc pour lutter contre l’indifférence générale. Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean, qui consume ses dernières forces dans l’action.
 
Ce film choral, fort, émouvant, rend justice à ces femmes et à ces hommes qui, affrontant les lenteurs à visée commerciale des grands laboratoires pharmaceutiques, se sont battus sans relâche pour que les services publics se saisissent de la gravité de la situation.
 
TOUTE LA TROUPE FOLLEMENT APPLAUDIE
 
Robin Campillo a mis longtemps à s’attaquer au sujet. «En 1990 déjà, j’ai eu envie de faire un film sur le sida mais je ne trouvais pas de biais», explique-t-il à la conférence de presse, où lui et ses comédiens engagés, dont Adèle Haenel, Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Antoine Reinartz, ont été follement applaudis.
 
«Chaque fois je reculais parce que j’avais peur de me confronter à mes souvenirs, de ne pas être à la hauteur.» Lui-même entré à Act Up, il a vécu des choses comme dans le film.
 
Finalement il s’est lancé. «Mais j’ai essayé d’aller dans le côté froid qui laisse ressortir l’émotion J’avais envie de choses très naïves au premier degré, contrebalancées par la difficulté de vivre une histoire d’amour avec quelqu’un atteint du sida. Une histoire qu’il raconte formidablement. Comme tout le film. A la fois trivial et pudique, mêlant l’intime et le politique, il réussit à éviter tout pathos en évoquant la mort qui ne cesse de rôder autour de ces jeunes gens sacrifiés pour avoir trop aimé.
 
PASSIONNANTES SCÈNES D’AGORA
 
Robin Campillo propose une mise en scène très maîtrisée où alternent les séquences d’intimité, d’action et de débats. Il insiste sur la libération de la parole à cette époque. Un flot de paroles après dix ans d’épidémie tragique ignorée, que traduisent les nombreuses et passionnantes discussions entre les militants. Et ça, il sait faire, Robin Campillo, comme il l’avait démontré dans «Entre les murs» de Laurent Cantet, Palme d’or en 2008. «Il existait une communauté sida et des gens qui ne s’en rendaient pas compte. Il fallait arrêter ce silence.»
 
«Le collectif, c’était une façon de rester debout. Il y avait quelque chose d’assez joyeux chez Act Up»
Le réalisateur revient sur la difficulté de créer un mouvement politique: «Ça prend quand ça devient une lutte. Act Up était très petite mais il y avait des réunions chaque semaine. J’ai réalisé le film pour rappeler ce qu’était ce rassemblement de gens qui ont forgé ensemble un discours et une action forte. J’ai voulu montrer ce groupe comme un cerveau qui imaginait des choses. Le collectif, c’était une façon de rester debout. Il y avait quelque chose d’assez joyeux chez Act Up. Pour ne plus subir l’épidémie sortir du cercle mortifère.»
 
Bien que l’action se déroule il y a 27 ans, il ne s’agit pas vraiment d’un film d’époque. «Je m’en méfie. J’ai toujours le sentiment qu’il faut trouver le bon vêtement. J’ai juste retiré des expressions trop actuelles. Mais il fallait que le spectateur soit projeté dans un présent. Je voulais qu’on soit dans un univers parallèle. C’est le côté un peu fantastique du cinéma.»
 

Une décision de la Cour constitutionnelle donne deux ans aux autorités pour ouvrir le mariage à tous les couples – une première en Asie.

La décision ouvre la voie à la toute première reconnaissance du mariage égalitaire dans un pays asiatique. La Cour constitutionnelle de Taïwan a statué aujourd’hui que la loi actuelle sur le mariage discriminait les couples de même sexe. Le gouvernement de l’île a deux ans pour modifier la législation. La présidente progressiste Tsai Ing-wen s’était d’ailleurs exprimée en faveur d’une réforme.
 
L’annonce a été saluée par des militants LGBT réunis à Taïpei devant le Parlement. En 2016, une étude d’opinion avait relevé que seuls 38% des Taïwanais soutenaient l’ouverture du mariage aux homosexuels, alors que 56% s’y opposaient.
 
Le mariage pour tous est en vigueur dans 22 pays du monde, en Europe et aux Amériques, ainsi qu’en Nouvelle-Zélande. Aucun pays asiatique n’a franchi le pas. Avant l’arrivée au pouvoir des militaires, la Thaïlande avait envisagé l’instauration d’un partenariat enregistré. Le projet est actuellement au point mort.
 

Dans «Les initiés», John Trengove raconte une tragique histoire d’amour en Afrique du Sud sur fond de rite macho et ancestral.

Xolani est un jeune ouvrier. Taciturne, morose, solitaire, il vit à Queenstown et, chaque année, s’en va dans les montagnes du Cap Oriental. Avec d’autres hommes, il participe, en temps qu’instructeur, à l’Ukwaluka, rituel d’initiation commençant par la cérémonie de circoncision imposée aux adolescents. Ils leur sont confiés pour devenir des hommes, de vrais mâles, selon les anciens, capables de perpétuer le nom de la famille. Passé par là quelques années plus tôt, Xolani, jugé différent, était mis à l’écart. Issu d’un milieu aisé de Johannesburg, son initié, le capricieux Kwanda lui ressemble. Et ne tarde pas à découvrir un secret inavouable. «Je sais ce que tu es, mais tu ne peux pas l’admettre», lui dit-il…
 
En effet, si Xolani revient dans ces campements isolés, c’est pour revoir son ami Javi, un grand gaillard athlétique qui en impose. Sauf que ce modèle de virilité cache sa vraie nature sous ses muscles. Comme Xolani, qui se sent du coup menacé par les éventuelles révélations de Kwanda.
 
Sur fond de rite ancestral, d’illusoire apprentissage de la virilité, le Sud-Africain Jonh Trengove analyse les rapports de force, conflictuels, entre initiateurs et initiés, mais raconte surtout une violente et tragique histoire d’amour. L’illustrant notamment par des ébats à la fois furtifs et brutaux, il n’en brosse pas moins un portrait émouvant de deux hommes, l’un amoureux fou, l’autre davantage soumis à ses pulsions, mais tous deux forcés de se cacher. Le titre original «The Wound» (la blessure) traduit d’ailleurs mieux que l’intitulé français la double souffrance qu’induit le récit.
 
Celle physique de la circoncision et celle psychologique du lourd secret d’une relation interdite dans une société restée attachée à des traditions archaïques. Un premier long métrage courageux, ambitieux, auquel on reprochera toutefois un manque de rythme, des longueurs, et l’ajout de quelques scènes nuisant à la dramaturgie.
 
» Sortie le 3 mai